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Analyse : le show annuel de Netanyahou à l’ONU

L’Iran, l’Etat islamique, l’antisémitisme, seuls Abbas et les implantations n’ont pas été mentionnés

Cela fait 9 ans que le Premier ministre israélien s’adresse à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies et son discours était donc plutôt facilement prévisible.

La recette annuelle comprend deux ou trois sujets stratégiques globaux ou régionaux illustrés par un mélange d’outils de propagande, d’allégories et des citations bibliques.

La seule grande question pour les correspondants et experts, avant le rite annuel, est de savoir quel genre de “truc” Benyamin Netanyahou va utiliser et quel prophète il va citer lorsqu’il reprochera à l’assemblée plénière de la communauté internationale sa discrimination à l’encontre d’Israël.

Depuis le succès de son croquis représentant la bombe nucléaire iranienne devant l’Assemblée de l’ONU en septembre 2012, Netanyahou suscite l’espoir d’un spectacle à la tribune de marbre vert et il aime contribuer à cet émoi.

Conversant avec des journalistes dans l’avion qui l’emmenait à New York, Netanyahou a promis un discours “affûté comme un rasoir”; une heure avant de monter à la tribune, son cabinet a publié une photo de lui tenant une affiche ; 5 minutes avant d’entrer dans la salle de de l’Assemblée, un aperçu des derniers préparatifs a été posté sur son compte Instagram officiel.

Lorsqu’est arrivé le temps du “show”, tous les ingrédients étaient prêts pour la présentation du Moyen-Orient version Netanyahou :

  • Une photo d’enfants à côté d’un tireur de roquettes de Gaza
  • Etat islamique =Hamas = Iran = cancer = nazis
  • Conseil des droits de l’homme de l’ONU = antisémites = Abbas
  • Questions rhétoriques à la communauté internationale : que feraient vos pays si des milliers de roquettes étaient tirées sur vos villes ?
  • Référence culturelle populaire : “Dire que l’Iran ne pratique pas le terrorisme équivaut à dire que Derek Jeter n’a jamais joué pour les New York Yankees
  • Citation du prophète Isaïe : “Pour l’amour de Sion, je ne me tairai point”

Ajoutez à tout ce qui précède une liste d’artifices de style et vous aurez avec le Premier ministre israélien un des orateurs les plus intéressants de notre époque.

Ensuite il y a les messages. La plupart ont déjà été entendus auparavant :

Israël est inquiet devant la menace grandissante de l’Islam militant, mais est terrifié par l’Iran nucléaire. Alors que les négociations P5+1 avec l’Iran s’approchent de la date-butoir du 24 novembre, le cauchemar de Netanyahou s’avère de plus en plus réel avec Téhéran s’appuyant sur la volonté de l’Occident pour former une coalition anti-Etat islamique de faire des concessions sur son programme nucléaire.

“Vaincre l’Etat islamique (EI) et laisser à l’Iran la capacité d’obtenir la bombe atomique serait comme gagner une bataille et perdre la guerre », a-t-il dit à l’assemblée.

En raison du Nouvel An juif, Netanyahou a été l’un des derniers orateurs à l’Assemblée annuelle, cinq jours après que le président iranien Hassan Rohani use pour la deuxième année consécutive de son charme auprès des membres de l’ONU.

Netanyahou a néanmoins cherché à exposer les machinations de Rohani à l’auditoire clairsemé de diplomates et dignitaires qui n’avaient pas encore quitté la ville.

L’arrivée tardive de Netanyahou à New York a aussi pour conséquence le fait que le Premier ministre a raté le discours notoire sur le “génocide” du président palestinien, mais il avait promis une réponse appropriée. Il ne s’en est pas pris personnellement à Mahmoud Abbas, laissant cette tâche à son ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman qui a convoqué une conférence de presse juste avant le discours de son patron pour accuser le raïs (le chef en arabe) d’avoir perdu le contact avec la réalité.

Le Premier ministre s’est néanmoins posé en défenseur acharné de l’armée israélienne et de ses efforts durant les 50 jours de bombardements et de combats dans la Bande de Gaza pour éviter les victimes civiles.

A l’instar de la “torche de la vérité” des Loubavitch, Netanyahou a débité le récit accepté par la plupart des Israéliens qui sont étonnés par l’opinion publique mondiale qui a oublié ceux qui sont à l’origine de la guerre et ignore l’absurdité du Hamas qui utilise sa propre population civile comme bouclier humain lorsqu’il tire ses roquettes contre des civils israéliens.

Netanyahou a également tenté de donner une note positive, appelant à une “mise à jour d’un modèle pour la paix” au Moyen-Orient. Il a été à la recherche de nouvelles alliances régionales, mais pour la première fois il a nommé les membres de sa nouvelle coalition dans son discours : Le Caire, Amman, Abou Dhabi et Riyad. Netanyahou n’a pas mentionné un Etat palestinien, mais il a évoqué un “compromis historique”, exhortant à un rapprochement avec ses nouveaux partenaires arabes et une mise à jour de l’initiative de paix arabe de 2002 “en fonction des réalités actuelles” avec une reconnaissance mutuelle et des arrangements de sécurité “solides”.

Abbas, à en juger le discours de Netanyahou, est pratiquement sans importance dans ce cas de figure et les implantations en Cisjordanie ne comptent pas vraiment.

Les Palestiniens n’ont pas tardé à réagir au discours, affirmant que Netanyahou a perdu tout contact avec la réalité.

Bien que l’Assemblée générale des Nations-Unies était à moitié pleine et que la plupart des applaudissements aient été fournis par la partie où se trouvait la délégation israélienne et les invités de Netanyahou, le Premier ministre a produit un nouveau “BibiShow”.

Le premier challenge de sa rituelle visite automnale aux Etats-Unis a été accompli, le prochain se déroulera dans deux jours à la Maison Blanche dans le Bureau ovale. Netanyahou aura besoin de bien davantage que ses “trucs” et ses photos pour faire en sorte que son message passe correctement.

Tal Shalev est la correspondante diplomatique de la chaîne i24news.

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