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Edito de Alain Sayada « Le peuple juif, d’une peine à l’autre… »

 

Elie Wiesel s’en est allé. A 87 ans, ce messager de l’humanité, Prix Nobel de la Paix,

meneur de la lutte contre l’oubli, a rejoint les étoiles. Avec lui, c’est donc une partie

de la mémoire vivante du peuple juif, un témoin de l’inhumanité qui s’en va. Comme

nombre de ceux qui ont vécu la Shoah, Elie Wiesel était un ardent défenseur de la

cause juive et de l’État d’Israël. Figure incontournable du monde juif, il était et se

voulait porteur d’un message de tolérance et de paix. Et si sa voix douce, un peu

fatiguée, disait sa bienveillance, de l’aveu même de tous ceux qui l’ont croisé, la

lueur d’inquiétude, qui brillait dans son regard intense, disait aussi son urgence, son

besoin de ne jamais laisser l’horreur tomber dans l’oubli, ou pire dans la banalité.

Né en 1928, à Sighet en Roumanie (A l’époque, la ville appartient à la zone

hongroise de la Transylvanie), dans une famille pauvre, il est déporté, en mai 1944, à

Auschwitz-Birkenau en Pologne avec toute sa famille. Sa mère et sa petite sœur

furent assassinées par les nazis. Transféré à Buchenwald, Elie Wiesel vit son père

mourir sous ses yeux. Orphelin, il ne retrouve ses deux autres sœurs qu’à la fin de la

guerre, lorsque le camp de Buchenwald est libéré par les nazis. Apatride, il se

retrouve en France, où il étudie la philosophie puis entame une carrière de reporter

pour le quotidien israélien Yediot Aharonot, qui lui offre l’opportunité de rencontrer de

nombreuses personnalités. Ce n’est qu’à 30 ans qu’il revient sur son expérience

concentrationnaire en écrivant La Nuit. Monumentale, l’œuvre marque le début d’une

longue carrière littéraire. Auteur de romans, de pièces de théâtre et d’essais, Elie

Wiezel se penche aussi sur le judaïsme à travers la série des Célébrations. Il devient

citoyen américain en 1963 et obtient une chaire à l’Université de Boston.

Homme de combat, il s’engage, entre autres, pour le Tibet et la Bosnie et reçoit, des

mains de François Mitterrand, la légion d’Honneur en 1984. Il la portera jusqu’à ce

que soient révélés le passé trouble de l’ex-Président français et ses amitiés avec

René Bousquet, membre actif du gouvernement de Vichy ou encore Maurice Papon.

Prix Nobel de la paix en 1986, Elie Wiesel était de ceux qui éclairent le Monde.

Modèle pour certains, héros pour tous, il fut surtout l’une des consciences de ce

Monde qui nous échappe et semble, une fois de plus, sombrer dans le chaos. Pour

le peuple juif, il représente une double boussole : celle de la sagesse, mais aussi

celle de la foi : « Je peux être juif avec ou contre D.ieu. Mais pas sans D.ieu. Mon

père était croyant, mon grand-père était croyant, son propre père était croyant et

ainsi de suite. Comment pourrais-je rompre cette chaîne ? », disait-il. Revenir de

l’enfer et croire en D.ieu, lutter contre l’oubli pour éclairer le monde, voilà qui était

Elie Wiesel. Son testament, c’est cette lumière qu’il a répandue sur le monde et qui,

nous le souhaitons, nous guidera à tout jamais.

Il n’empêche que son décès nous fit l’effet d’un souffle d’obscurité qui s’abat sur

nous. Car la semaine fut, pour Israël, et pour le peuple juif, d’une cruauté indéniable.

La mort d’Hallel Yaffa, adolescente de 13 ans, assassinée de multiples coups de

couteaux par un terroriste palestinien, dans son lit, à Kyriat Arba nous avait déjà frappés en

plein cœur. Bien sûr, les médias du monde entier, à l’exception des nôtres, si je puis

dire, ont, soit passé sous silence l’information, soit laissé comme d’habitude,

entendre, à coups d’insinuations pathétiques, que la « colonisation » est un cancer

qui, inévitablement, fait des victimes. Toujours et encore le même scénario, la même

excuse. Qui fait l’impasse sur l’horreur du crime et souligne la « juste » cause des

bourreaux. La mort d’Hallel fut suivie, peu après, de celle de Miki Mark, rabbin, père

de 10 enfants, assassiné sous les yeux de sa famille. Sa femme est dans un état

critique, et deux des enfants, qui étaient également dans la voiture sont blessés. La

famille qui vit à Otniel, était en route pour passer shabbat avec la mère du rabbin qui

fêtait ses 80 ans lorsqu’un terroriste les a dépassés et mitraillés.

Et toujours la même nausée qui nous prend à la gorge, lorsque les youyous et les

cris de joie à l’annonce de ces morts, envahissent les territoires palestiniens. La

mère du meurtrier d’Hallel a même tenu à souligner que son fils, dont elle est très

fière, est à ses yeux un héros. Beau héros en effet, qui a mutilé de dizaines de coups

de couteaux le corps d’une enfant dans son lit.

Elie Wiesel disait : « En tant que juif, je peux vivre à l’extérieur d’Israël, mais pas

sans Israël. » Les bourreaux d’hier sont de retour, sous une autre enveloppe,

aujourd’hui. Leur objectif est le même : nous exterminer. Et rayer Israël de la carte…

Qu’ils le sachent, pas plus que les nazis, ils n’y parviendront.

A Elie Wiesel,

A Hallel Yaffa Ariel, 13 ans,

A Michaël « Miki » Mark, 48 ans, père de 10 enfants,

Ni pardon, Ni oubli

Am Israel Hai

Alain Sayada

 

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