TRIBUNE
La haine des Juifs ne nous fera pas disparaître
Par Alain SAYADA
La haine des Juifs n’est malheureusement pas une invention de notre époque. Elle traverse l’Histoire depuis des millénaires. Elle a changé de visage, de discours et de prétextes, mais elle n’a jamais véritablement disparu.
Pourtant, malgré les persécutions, les expulsions, les pogroms, les conversions forcées, les tentatives d’assimilation et, au XXᵉ siècle, la Shoah, le peuple juif est toujours là.
Nous sommes toujours là.
Et peut-être est-ce là notre plus grande victoire.
Le peuple juif a appris à vivre avec sa mémoire. Il a construit une carapace, non pas pour oublier son passé, mais pour pouvoir avancer avec lui. Notre histoire est douloureuse, parfois tragique, mais elle constitue aussi une formidable source de force.
Nous regardons derrière nous pour comprendre.
Mais nous regardons surtout devant nous pour construire.
Car le peuple juif n’a jamais cessé d’espérer. Depuis des générations, nous portons cette espérance de la venue du Mashiah, mais nous savons également que, dans l’attente, il nous appartient de construire, de transmettre et de préparer l’avenir.
Un peuple qui transforme les épreuves en force
Il suffit de regarder ce qu’Israël est devenu depuis 1948.
Lorsque l’État d’Israël renaît, le pays doit faire face à des défis immenses : manque d’eau, ressources limitées, environnement hostile, guerres successives et menaces permanentes.
Et pourtant, moins de huit décennies plus tard, Israël est devenu une puissance technologique, scientifique et agricole reconnue mondialement.
Agriculture de pointe, dessalement de l’eau, médecine, cybersécurité, intelligence artificielle, recherche scientifique, technologies de défense, start-up…
Israël est devenu la « Start-Up Nation ».
Comment un pays de la taille d’Israël, confronté à des décennies de conflits et de menaces sécuritaires, peut-il continuer à innover, à investir dans la recherche et à développer une économie aussi dynamique ?
Parce qu’une nation ne se résume pas à son territoire.
Elle se construit avec des femmes et des hommes qui croient en son avenir.
Une contribution exceptionnelle au monde
Le peuple juif est une petite minorité à l’échelle de la population mondiale. Pourtant, sa contribution aux sciences, à la médecine, à la littérature, aux arts, à l’économie et à la recherche est considérable.
Le nombre de personnalités juives ayant reçu le prix Nobel est souvent cité comme l’un des exemples les plus visibles de cette contribution.
Pourquoi ?
Parce que le judaïsme a toujours accordé une place centrale à l’étude, à la transmission et au questionnement.
Poser des questions n’est pas une faiblesse.
C’est une force.
Chercher à comprendre, discuter, contredire, analyser, apprendre et transmettre : cette culture du savoir fait partie de notre héritage.
Notre identité est restée intacte
Mais peut-être que ce qui dérange le plus certains de ceux qui nous haïssent est beaucoup plus simple.
Nous avons survécu.
On a voulu nous assimiler.
Nous avons conservé notre identité.
On a voulu effacer notre mémoire.
Nous avons transmis notre histoire.
On a voulu nous arracher à notre terre.
Nous avons continué à nous tourner vers Jérusalem.
On a voulu nous faire disparaître.
Nous avons donné naissance à une nouvelle génération.
Le peuple juif a traversé les siècles sans perdre ce qui constitue son identité profonde : sa mémoire, ses traditions, ses familles, ses textes, ses valeurs et son lien avec Israël.
L’antisémitisme change de visage
Aujourd’hui, l’antisémitisme revient sous différentes formes.
Il peut être ouvertement raciste.
Il peut se cacher derrière les théories du complot.
Il peut prendre la forme d’un antisionisme qui, lorsqu’il nie aux seuls Juifs le droit à l’autodétermination ou transforme systématiquement Israël en incarnation du mal, franchit la frontière qui sépare la critique politique de la haine antisémite.
Il peut également être porté par des mouvements islamistes radicaux qui ont fait de la haine des Juifs et de la destruction d’Israël un élément de leur idéologie.
Il faut avoir le courage de le dire.
Mais il faut également être précis : l’islamisme radical ne représente pas l’ensemble des musulmans, pas plus que l’extrémisme d’une minorité ne permet de condamner une population entière.
Des musulmans refusent l’antisémitisme et l’extrémisme. Ils doivent être entendus.
Car la lutte contre la haine doit rassembler tous ceux qui refusent la violence et le racisme, quelle que soit leur religion.
L’Europe doit également regarder la réalité en face
L’Europe est aujourd’hui confrontée à des défis considérables autour de l’intégration, de l’immigration, de la montée des radicalismes et de la préservation de son modèle démocratique.
Mais il serait dangereux de transformer ces débats en opposition entre peuples ou religions.
Le véritable combat doit être celui des démocraties contre toutes les idéologies qui menacent la liberté, la sécurité et la dignité humaine.
Et dans ce combat, les Juifs ne doivent pas être abandonnés.
Car l’Histoire nous a déjà montré ce qui se produit lorsque l’antisémitisme devient « acceptable », lorsqu’on banalise les insultes, lorsqu’on détourne le regard devant les menaces et lorsque l’on demande aux victimes de se taire pour préserver une prétendue tranquillité.
Nous devons nous serrer les coudes
Alors oui, aujourd’hui, nous devons nous serrer les coudes.
Nous devons protéger nos familles.
Nous devons protéger nos écoles, nos synagogues et nos communautés.
Nous devons transmettre notre histoire à nos enfants.
Nous devons défendre Israël.
Nous devons combattre l’antisémitisme partout où il apparaît.
Mais surtout, nous devons continuer à vivre.
À travailler.
À entreprendre.
À créer.
À aimer.
À avoir des enfants.
À transmettre.
À rire.
À célébrer nos fêtes.
À étudier.
À construire.
Parce que notre existence même est une réponse à ceux qui veulent nous voir disparaître.
Notre réponse sera la vie
Depuis des millénaires, des hommes ont voulu annoncer la fin du peuple juif.
Les empires sont tombés.
Les dictatures ont disparu.
Les idéologies se sont succédé.
Les frontières ont changé.
Les générations ont passé.
Et nous sommes toujours là.
Alors ne laissons jamais la haine nous définir.
Ne laissons pas nos ennemis décider de ce que nous devons être.
Nous sommes un peuple qui a connu la nuit et qui a continué à chercher la lumière.
Un peuple qui a connu l’exil et qui a retrouvé sa terre.
Un peuple qui a connu les persécutions et qui a construit.
Un peuple qui a connu la mort et qui a choisi la vie.
Notre meilleure réponse à la haine ne sera jamais la haine.
Notre réponse, c’est la vie.
Notre réponse, c’est Israël.
Notre réponse, c’est notre identité.
Notre réponse, c’est notre unité.
Et tant que nous continuerons à transmettre, à construire et à avancer, personne ne pourra écrire la fin de notre histoire.
Am Israël Haï.
Le peuple d’Israël vit.

