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Désarmement nucléaire: la conférence de suivi du TNP trébuche sur le Proche-Orient

Nations unies (Etats-Unis), 23 mai 2015 (AFP) – Une réunion des pays
signataires du Traité de non prolifération nucléaire (TNP) s’est terminée
vendredi sur un échec, les Etats-Unis et leurs alliés rejetant une initiative
arabe sur la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Proche-Orient.
Après presque quatre semaines de tractations, Washington, Londres et Ottawa
ont indiqué qu’ils s’opposaient à une partie du projet de document final.
Celui-ci fixait au 1er mars 2016 la date limite pour convoquer une conférence
sur la création de cette zone et chargeait le secrétaire général de l’ONU Ban
Ki-moon de faire progresser cette initiative lancée en 1995.
Israël, qui n’a pas signé le TNP mais assistait à la conférence en
observateur pour la première fois depuis 20 ans, refuse de se voir dicter la
date ou l’ordre du jour d’une telle conférence et rejette la tutelle de l’ONU.
« Il n’y a pas d’accord sur ce document », a déclaré la sous-secrétaire
américaine au Désarmement et à la Sécurité internationale, Rose E.
Gottemoeller.
Critiquant « une date limite arbitraire », elle a affirmé que le projet
présenté « était incompatible avec la politique suivie de longue date » par
Washington et ne recueillait pas « l’assentiment de toutes les parties
concernées », une allusion transparente à Israël.
Les Etats-Unis avaient dépêché un émissaire en Israël cette semaine pour
tenter de trouver un compromis.
Mme Gottemoeller a blâmé les pays arabes, en particulier l’Egypte, qui ont
insisté selon elle de manière « irréaliste » pour faire avancer la création de
cette zone.
Les Etats-Unis, a-t-elle affirmé, considèrent qu’il vaut mieux « pas de
document final plutôt qu’un mauvais document ».

– « Point d’achoppement » –

L’ambassadeur britannique pour le désarmement Matthew Roland s’est déclaré
« déçu de n’avoir pu établir un terrain d’entente sur le Proche-Orient ». « Cette
question, et cette question seule, a été le point d’achoppement pour nous »,
a-t-il expliqué. Il a fait valoir que cet échec « ne nuirait en aucune manière
au traité ou au respect de ses dispositions ».
Le TNP, entré en vigueur en 1970, regroupe 190 pays ou entités et une
conférence de suivi se tient tous les cinq ans. En 2000 et 2005 notamment, les
délégués s’étaient déjà séparés sans accord sur un texte final.
En 2010, la déclaration finale de la conférence de suivi prévoyait qu’une
réunion devait se tenir à Helsinki en 2012 pour parler du projet de zone
dénucléarisée au Proche-Orient. Mais elle n’a jamais pu avoir lieu, en raison
notamment des réticences d’Israël.
L’Etat hébreu, crédité de quelque 200 ogives par des experts, n’a jamais
reconnu officiellement disposer de la bombe.
Le chef de la délégation égyptienne, l’ambassadeur Hesham Badr, s’est
déclaré « extrêmement déçu ». « Après de grandes attentes, nous sommes empêchés
de renforcer le TNP par trois délégations », a-t-il déploré. Il a critiqué
implicitement les Etats-Unis pour avoir « cherché à rejeter la faute sur
l’Egypte ».
L’Iran a fait une tentative de dernière minute pour arracher un accord en
demandant une suspension de séance mais les débats ont repris sans plus de
consensus.
Le délégué iranien a accusé Londres, Washington et Ottawa d’avoir sabordé
la réunion « uniquement pour sauvegarder les intérêts d’un pays non partie au
traité qui a menacé la paix et la sécurité de la région en se dotant d’une
capacité nucléaire ».
Pour Kingston Reif, directeur du désarmement pour l’ONG spécialisée Arms
Control Association, cet échec « va probablement accroître la frustration
croissante des pays non dotés de l’arme nucléaire devant le peu d’empressement
des pays dotés à désarmer ».
Depuis la conférence précédente, en mai 2010, qui avait accouché d’un
programme de travail ambitieux, les efforts pour réduire progressivement les
arsenaux nucléaires s’amenuisent.
Le TNP subit aussi le contre-coup de la crise ukrainienne, qui a détérioré
les relations entre les deux principales puissances atomiques, les Etats-Unis
et la Russie. Ceux-ci rassemblent à eux deux plus de 3.000 ogives nucléaires
stratégiques, soit près de 90% des armes atomiques déployées dans le monde.
Parmi les pays dotés officiellement ou non de l’arme atomique, seuls
l’Inde, le Pakistan et Israël n’ont pas signé le TNP. Les cinq puissances
nucléaires parties au TNP sont les Etats-Unis, la Russie, la France (290
ogives déployées), le Royaume-Uni (120 environ), et la Chine (environ 250).
La Corée du Nord s’est retirée du TNP en 2003 et a mené depuis trois essais
nucléaires.
avz/sha

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