ÉDITORIAL
Vol des neuf Sifrei Torah de Levallois : les réponses du président de l’ACCIL ne dissipent pas les interrogations. Philippe Cohen annonce se réserver le droit de poursuivre Israël Actualités en diffamation.
Près de deux semaines après le vol de neuf Sifrei Torah à la Grande Synagogue de Levallois, les questions demeurent nombreuses. Les réponses apportées par le président de l’ACCIL, Monsieur Philippe Cohen, ne répondent pas, à ce stade, aux interrogations légitimes que se posent non seulement les fidèles de Levallois, mais également une partie de la communauté juive de France.
Depuis le début de cette affaire, nous avons posé des questions précises. En retour, nous avons le sentiment que les réponses apportées évitent les points essentiels.
La première question reste pourtant simple : comment deux individus ont-ils pu pénétrer dans une synagogue, dérober neuf Sifrei Torah pesant chacun entre 15 et 20 kilogrammes, puis quitter les lieux sans qu’aucun système d’alarme ou de sécurité ne les en empêche ?
À ce jour, aucune explication détaillée n’a été communiquée sur ce point.
Au-delà de l’émotion suscitée par le vol lui-même, c’est le fonctionnement des dispositifs de sécurité qui interroge. Si une enquête est en cours, il est parfaitement compréhensible que certains éléments ne puissent être rendus publics afin de ne pas nuire aux investigations. En revanche, la communauté est en droit d’être informée des mesures prises pour sécuriser les lieux et prévenir qu’un tel événement ne puisse se reproduire.
Plus les jours passent sans communication précise, plus les interrogations grandissent et plus les rumeurs se propagent. C’est précisément ce qu’une communication transparente permet généralement d’éviter.
Nous constatons également que plusieurs de nos publications, ainsi que des commentaires exprimant des interrogations légitimes, ont été retirés des réseaux sociaux de la communauté. Cette démarche peut donner le sentiment que les questions dérangeantes ne sont plus les bienvenues et que le débat est limité au moment même où les fidèles attendent des réponses.
Qu’il soit clair : nous n’accusons personne. Nous ne prétendons pas connaître les conclusions de l’enquête, qui relèvent exclusivement des autorités compétentes. En revanche, la liberté de la presse implique le droit de poser des questions lorsqu’un événement d’une telle gravité touche une institution communautaire.
Monsieur Philippe Cohen, en votre qualité de président de l’ACCIL, vous exercez une responsabilité publique au sein de la communauté. À ce titre, il est légitime que les fidèles demandent des explications sur les conditions dans lesquelles neuf Sifrei Torah ont pu être dérobés.
Cette affaire intervient en outre dans un contexte déjà préoccupant. Quelques semaines auparavant, la Grande Synagogue de Levallois avait été victime d’une cyberattaque ayant entraîné la divulgation des données personnelles de plusieurs centaines de personnes liées au centre communautaire.
Là encore, de nombreuses questions demeurent : quelles étaient les failles de sécurité ? Quelles mesures correctives ont été mises en place ? Les personnes concernées ont-elles toutes été informées ? Des mesures ont-elles été prises pour éviter qu’une telle cyberattaque ne se reproduise ?
Deux incidents majeurs touchant la même institution en l’espace de quelques semaines ne peuvent qu’alimenter les inquiétudes des fidèles.
Notre démarche n’a jamais consisté à mettre en cause une personne sans preuve. Elle vise à demander des réponses, à rappeler les exigences de transparence et à défendre l’intérêt de la communauté.
La confiance ne se décrète pas ; elle se construit par des actes, par la transparence et par une communication claire.
Aujourd’hui, les fidèles attendent moins des polémiques que des explications, des avancées concrètes dans l’enquête et des garanties réelles pour que de tels événements ne puissent plus se reproduire.
Monsieur Philippe Cohen, en tant que président de l’ACCIL, il vous appartient désormais d’apporter ces réponses et d’assumer pleinement les responsabilités attachées à votre fonction. Si l’enquête venait à mettre en évidence des défaillances dans l’organisation ou dans les dispositifs de sécurité, il appartiendrait naturellement aux responsables d’en tirer toutes les conséquences.
La communauté attend des faits, pas seulement des déclarations.
Par ailleurs, Monsieur Philippe Cohen indique se réserver le droit d’engager des poursuites en diffamation contre toute personne qui mettrait en cause la gestion de cette affaire, y compris, le cas échéant, notre journal. Nous prenons acte de cette position.
Nous rappelons toutefois que la liberté de la presse n’est pas une faveur accordée aux journalistes ; elle constitue un principe fondamental garanti par la loi du 29 juillet 1881 et par les textes protecteurs de la liberté d’expression. Informer, enquêter, poser des questions et demander des comptes aux responsables d’institutions lorsqu’un sujet est d’intérêt général ne constitue pas, en soi, une diffamation.
Nous ne formulons aucune accusation. Nous ne désignons aucun coupable. Nous demandons simplement des explications sur un vol d’une gravité exceptionnelle, qui a profondément choqué la communauté, ainsi que sur une cyberattaque ayant conduit à la divulgation de données personnelles quelques semaines auparavant. Ces deux événements concernent directement la sécurité d’une institution communautaire et relèvent donc pleinement du débat public.
Si des poursuites devaient être engagées contre Israël Actualités pour avoir exercé sa mission d’information, nous les affronterions avec sérénité. Notre ligne éditoriale n’est guidée ni par l’animosité ni par la polémique, mais par une seule exigence : celle de rechercher la vérité, d’informer nos lecteurs et de défendre le droit légitime des fidèles à obtenir des réponses.
La confiance ne se construit ni par le silence, ni par l’intimidation. Elle se construit par la transparence, la responsabilité et le respect des questions que se pose une communauté tout entière.
Alain SAYADA
Redacteur en Chef d’Israel Actualités

