Monsieur le Grand Rabbin de France, cher Haïm,
J’ai lu avec attention votre message consacré au troisième anniversaire du 7 octobre.
Je partage votre hommage aux victimes, aux otages, aux familles meurtries et votre appel à choisir la vie.
Mais votre texte me laisse avec une profonde interrogation.
Vous écrivez qu’il faut transmettre « ce qui s’est passé, pour que la vérité ne soit jamais recouverte par l’oubli ».
Justement.
Comment transmettre toute la vérité sans nommer ce qui s’est passé et ceux qui l’ont fait ?
Trois mots sont absents de votre texte :
Hamas. Terrorisme. Pogrom.
Le 7 octobre 2023 ne fut pas simplement « l’une des pages les plus douloureuses de l’histoire d’Israël ».
Ce fut un pogrom.
Il faut en rappeler l’ampleur : environ 1 200 morts, plus de 5 500 blessés et 251 hommes, femmes et enfants enlevés et emmenés à Gaza.
Des familles furent décimées. Des communautés furent ravagées.
Ce fut le massacre de Juifs le plus meurtrier depuis la Shoah.
Et ceux qui ont déclenché cette attaque ont un nom : le Hamas et les groupes armés qui l’accompagnaient.
Cher Haïm, cette omission m’interpelle d’autant plus compte tenu de votre proximité institutionnelle avec le président de la République et de l’évolution considérable de la parole d’Emmanuel Macron sur Israël depuis le 7 octobre.
Car depuis trois ans, nous avons entendu le président de la République demander l’arrêt de certaines opérations militaires israéliennes.
Nous l’avons entendu appeler à cesser certaines livraisons d’armes utilisées à Gaza.
Nous avons entendu la France, avec le Royaume-Uni et le Canada, qualifier l’escalade israélienne de « totalement disproportionnée », parler d’« actions scandaleuses » du gouvernement Netanyahou et menacer Israël de « mesures concrètes ».
Nous avons entendu Emmanuel Macron parler d’une guerre « sans fin et sans objectif stratégique » et d’une « déshumanisation que rien ne peut justifier ».
Et le 22 septembre 2025, la France a officiellement reconnu l’État de Palestine.
Je n’ignore pas qu’Emmanuel Macron a également condamné le terrorisme du Hamas, demandé la libération des otages, réclamé son désarmement et affirmé son attachement à la sécurité d’Israël.
Mais c’est précisément dans ce contexte que votre parole me paraît devoir être encore plus claire.
Lorsque le pouvoir politique critique Israël avec des mots aussi forts, qui, sinon le Grand Rabbin de France, doit rappeler avec la même force les mots du 7 octobre ?
Qui doit dire : pogrom ?
Qui doit dire : Hamas ?
Qui doit rappeler qu’avant toutes les controverses qui ont suivi, il y eut ce matin du 7 octobre où des Juifs furent massacrés et des centaines d’êtres humains emmenés en otages ?
Vous écrivez qu’il faut combattre les discours qui « relativisent ou inversent la responsabilité ».
Je partage totalement cette phrase.
Mais alors je vous pose simplement cette question :
Comment combattre l’inversion des responsabilités si l’on ne commence pas par nommer les responsables ?
Les mots ont un sens.
Et lorsque l’on est Grand Rabbin de France, les mots portent une responsabilité particulière.
Je vous le dis avec respect pour l’homme comme pour la fonction : je regrette profondément que, pour le troisième anniversaire du 7 octobre, vous n’ayez pas employé tous les mots de la vérité.
Le devoir de mémoire ne peut être séparé du devoir de vérité.
Vous avez choisi cette magnifique parole de la Torah :
« Tu choisiras la vie. »
Oui, cher Haïm.
Mais choisir la vie ne signifie pas oublier ceux qui ont voulu nous donner la mort.
Choisir la paix ne signifie pas effacer les responsabilités.
Et rechercher l’universel ne doit jamais conduire à diluer la singularité de ce qui est arrivé au peuple juif le 7 octobre 2023.
Le 7 octobre fut un pogrom.
Le Hamas en fut l’acteur principal.
Israël fut attaqué.
Des Juifs furent massacrés.
Nous ne l’oublierons jamais.
Ils ont voulu imposer la mort.
Trois ans après, Israël est debout.
Le peuple juif est vivant.
Et nous choisissons la vie.
Am Israël Haï.
René Taieb

