Israël: Lieberman peaufine sa nouvelle image de modéré vis-à-vis de Washington

Voulant rompre avec son image de super
faucon, le chef de la diplomatie israélienne Avigdor Lieberman prend désormais
la défense des efforts du secrétaire d’Etat américain John Kerry dans les
négociations de paix, se démarquant ainsi des autres durs du gouvernement.
Les commentateurs s’interrogeaient dimanche sur les raisons de ce virage à
180 degrés du chef du parti nationaliste Israël Beiteinou, évoquant ses
ambitions de devenir le chef de la droite, après le Premier ministre Benjamin
Netanyahu, son  « pragmatisme », et son désir de changer son statut de paria de
la diplomatie internationale.
Avigdor Lieberman a de nouveau défendu dimanche les efforts de paix
américains après avoir rendu hommage vendredi à  John Kerry, qu’il a qualifié
de « vrai ami » d’Israël.
« On ne peut pas attendre de Kerry qu’il présente un document qui soit écrit
à 100% par nous ou qui réponde à 100% à toutes les attentes ou toutes les
demandes de l’Etat d’Israël, mais c’est un document qui servira de base pour
les négociations », a déclaré M. Lieberman.
Il a ainsi refusé de rejeter d’emblée les propositions de paix que le chef
de la diplomatie américaine doit présenter aux dirigeants israéliens et
palestiniens dans les prochaines semaines, après une dizaine de tournées dans
la région en un an.
« Tout le monde a le droit d’avoir des opinions différentes », a souligné M.
Lieberman au sujet de M. Kerry, ajoutant: « Cela ne les transforme pas en
anti-Israéliens, pas en antisémites et pas en ennemis », a-t-il souligné
dimanche à propos de John Kerry.
M. Kerry a récemment essuyé une salve de critiques de ministres qui lui ont
reproché d’utiliser les menaces de boycottage international pour arracher à
Israël des concessions dans les négociations avec les Palestiniens.
Venant de M. Lieberman, plus connu pour ses déclarations à l’emporte-pièces
sur l’inanité du processus de paix, et qui a traité le président palestinien
Mahmoud Abbas de « terroriste diplomatique », ce plaidoyer a surpris.

« Pivot de la coalition »

Mais depuis son retour au ministère des Affaires étrangères en novembre,
après son acquittement dans un procès pour corruption, la bête noire des
chancelleries européennes et de Washington, a infléchi sa ligne, sans pour
autant baisser le ton envers l’Union européenne, sa cible favorite.
« Il s’agit assurément d’un message fort, étant donné son passé sur ces
questions et ses positions antérieures », a déclaré la porte-parole du
département d’Etat américain Jen Psaki, interrogée sur ses propos au sujet de
John Kerry.
Le parti nationaliste religieux Foyer Juif, dont le chef, le ministre de
l’Economie Naftali Bennett, s’est montré parmi les plus virulents envers M.
Kerry, s’en est pris dimanche au ministre des Affaires étrangères.
« Lieberman a peur de Naftali Bennett et connaît une chute de 70% dans le
soutien des électeurs de droite », a affirmé un porte-parole du Foyer juif,
cité par la radio militaire.
« Lieberman est plus à gauche que le ministre (centriste, NDLR) de la
Justice Tzipi Livni et soutient l’idée un Etat palestiniens, de la division du
pays et veut faire passer la frontière le long de l’autoroute 6 », à l’ouest de
plusieurs villes israéliennes à forte minorité arabe, a-t-il souligné.
Il se référait à l’une des idées fétiche de M. Lieberman pour un accord de
paix, « l’échange de territoires, populations comprises » qui ferait passer sous
administration palestinienne une partie de la minorité arabe d’Israël en
échange des colonies juives de Cisjordanie, évitant toute évacuation de colons.
Selon une analyste politique du quotidien Yediot Aharonot, le chef du parti
Israël Beiteinou « ne veut plus se retrouver dans la position dans laquelle il
était lors de son dernier mandat, en particulier lorsqu’il n’y voit aucun
avantage politique ».
Elle souligne que les nouveaux immigrants russes ne sont plus la base
électorale de M. Lieberman, qui est « obligé d’effectuer un virage à gauche, de
diviser le Likoud (parti de M. Netayahu, NDLR), et avec Netanyahu de proposer
une autre offre politique » s’il veut devenir un jour Premier ministre, une
ambition dont il ne s’est jamais caché.
« D’ici là, Lieberman est le pivot de la coalition entre l’aile droite et
(les ministres centristes) Lapid et Livni », résume-t-elle.
dms/jlr/sst/hj

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